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LES FAMILLES ET LE VOILE
La Cour Européenne des Droits
de l'Homme (CEDH) rend juridiquement possible le vote d'une loi
interdisant le port du voile à l'école.
Faut-il donc interdire le voile
à l'école ? Laisser faire ou renvoyer vers les chefs
d'établissement qui décideront ? Faire un sort différent
aux enfants mineurs et majeurs, pour protéger les jeunes
filles de la pression du milieu familial ? Autant de justes questions.
Rien n'interdit de porter au cou
l'étoile de David, la croix chrétienne, la main de
Fatma ou le croissant musulman ; il ne s'agit pas de signes ostentatoires.
Un principal de collège me disait récemment avoir
convoqué le père d'une élève brillante
qui, à la rentrée de septembre, était arrivée
avec le voile. Ce père le traita d'intolérant parce
qu'il refusait que sa fille porte le voile en classe. Le principal
ne céda pas tout en restant compréhensif et courtois.
Le lendemain, la collégienne quittait son voile à
l'entrée de l'établissement et se "revoilait"
en sortant.
Dans d'autres lycées ou collèges,
les responsables risquent de céder sous la pression du nombre.
Est-ce si grave ? Tolérer ou interdire ? La loi ne risque-t-elle
pas d'aggraver une situation délicate ? Plus on en parle,
plus les intégristes sont confortés.
Faisons confiance aux responsables
des établissements scolaires qui sont sur le terrain scolaire
et aussi social. Leur projet d'établissement peut inclure
la gestion du foulard, la tenue en cours de gymnastique, la gestion
du tabagisme, le civisme... Interdire, c'est stimuler. Le foulard
ne veut et ne peut faire du mal à personne. Un enfant est
capable de comprendre et d'expliquer à ses parents pourquoi
"pas besoin de voile à l'école". Les responsables
scolaires peuvent l'y aider. L'école est faite pour épanouir
et protéger les enfants. Le voile ne traduit-il pas aussi
le désir fort de protection d'une famille ou d'une jeune
fille majeure face aux atteintes permanentes à la féminité
dont les femmes et les jeunes filles sont l'objet hors de l'école
? Les excès de notre civilisation déclenchent aussi
des réflexes de protection des familles qui peuvent à
l'inverse devenir oppressifs ! Il n'y a pas besoin de loi pour interdire
le voile à l'école.
Les pouvoirs publics sont encore
incapables d'empêcher le cannabis d'entrer largement dans
nos écoles et n'ont pas d'autres solutions pour réduire
le tabagisme qui commence en milieu scolaire, que d'augmenter le
prix du tabac ! Les parents qui assiègent des écoles
privées pour tenter d'y inscrire leurs enfants ne sont-ils
pas la preuve d'une laïcité en difficulté ?
A un moment où l'Etat réfléchit
au retour de l'uniforme à l'école, pour lutter contre
l'influence des marques qui stimulent les jeunes et perturbent les
budgets des familles, il ferait mieux de légiférer
pour le respect des enfants sans cesse agressés par des images
publicitaires très bien construites, des bandes annonces
racoleuses, des scènes inutiles dans des films par ailleurs
fort instructifs.
Il y faut plus de courage que pour
légiférer en créant un interdit qui sera perçu
comme antireligieux et qui risque plus de stimuler l'intégrisme
que de le réduire. L'Angleterre, le Maroc ont une religion
d'Etat, la France a choisi la laïcité. Celle-ci ne doit
pas devenir une autre forme de religion aussi intolérante
que stupide. La France qui a peur de reconnaître son patrimoine
spirituel, est-elle crédible quand elle accorde une importance
excessive à un symbole autant culturel que religieux ? Elle
le serait plus en reconnaissant dans la future Constitution européenne
la source principale de l'humanisme.
Professeur Henri Joyeux
Président de Familles de France
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